Tout a commencé par une chanson.
Puis, peu à peu, une question est apparue : jusqu’où une même émotion peut-elle voyager ?
Dans une autre langue. Avec une autre voix. Portée par un autre rythme, une autre culture, une autre manière de respirer les mêmes mots.
C’est ainsi que l’intelligence artificielle est entrée dans mon processus de création : non comme le sujet de mon travail, mais comme l’un des moyens de cette exploration.
Je l’utilise. Je ne le cache pas. Et je n’éprouve pas davantage le besoin de m’en excuser.
Une liberté nouvelle
Pendant longtemps, transformer un texte en chanson enregistrée supposait de réunir des musiciens, un arrangeur, un studio, du matériel et, nécessairement, des moyens financiers importants.
Parmi les barrières séparant une chanson imaginée d’une chanson produite, l’argent a longtemps été l’une des plus hautes.
Mais il y avait une barrière plus discrète encore : celle du droit à l’expérimentation.
Essayer une orchestration. Se tromper. Recommencer. Imaginer le même texte porté par une guitare andalouse, puis par des sonorités celtiques, slaves, africaines ou sud-américaines. Abandonner une idée après quelques minutes pour en poursuivre une autre.
Cette liberté d’essayer était souvent réservée à ceux qui avaient les moyens de se tromper.
L’intelligence artificielle a changé cela pour moi.
Elle m’a donné accès à un immense territoire d’expérimentation musicale.
Et c’est précisément ce territoire qui m’intéresse.
Je ne cherche pas une chanson. Je cherche ce qu’elle peut devenir.
À l’origine de chacune de mes chansons, il y a une émotion, une réflexion, une histoire, quelques mots parfois, ou cette étrange nécessité d’exprimer quelque chose que je ne sais pas encore parfaitement nommer.
Puis commence la recherche.
Je peux écouter une même chanson sous plusieurs formes et découvrir que les mêmes mots ne racontent soudain plus exactement la même chose.
Une interprétation les enferme.
Une autre les libère.
Une troisième révèle dans mes propres mots quelque chose que je n’avais pas encore entendu.
C’est probablement là que se trouve la partie la plus fascinante de cette aventure.
L’intelligence artificielle fait apparaître des chemins que je n’aurais peut-être jamais imaginés.
Certains ne mènent nulle part.
D’autres changent ma manière d’entendre mes propres mots.
Alors j’écoute.
Je refuse.
Je recommence.
Je modifie un texte, une intention, une direction musicale.
Je compare.
Et finalement, je choisis.
La sélection n’est pas pour moi une étape secondaire du processus créatif. Elle en fait partie.
L’humain et l’outil
L’intelligence artificielle peut intervenir à différents moments de mon travail : dans le dialogue autour d’un texte, dans sa traduction ou son adaptation à une autre langue, dans l’exploration d’une idée, puis dans la recherche musicale, l’orchestration ou l’interprétation.
Je préfère le dire clairement plutôt que de chercher à diminuer artificiellement son rôle.
Mais elle ne connaît pas la raison pour laquelle j’ai commencé à écrire une chanson.
Elle n’a pas vécu ce qui l’a fait naître.
Elle ne sait pas pourquoi une phrase me bouleverse et pourquoi une autre, pourtant parfaitement écrite, me laisse indifférent.
Elle peut proposer.
Elle peut surprendre.
Elle peut parfois faire apparaître quelque chose que je n’avais pas imaginé.
Mais elle ne décide pas de ce que je veux dire.
Et surtout, elle ne décide pas de ce que je choisis de garder.
C’est là que je situe ma responsabilité.
J’écris, je dialogue, je dirige, je choisis et j’assume.
La transparence
Je n’ai aucune raison de cacher l’utilisation de l’intelligence artificielle dans The Laurent B Project.
Elle fait partie de cette histoire depuis son commencement.
Je comprends également que l’on souhaite distinguer les différentes formes de création musicale et informer celui qui écoute.
Mais la transparence ne devrait pas devenir un stigmate.
Il existe une différence fondamentale entre utiliser ces technologies pour explorer une création et les utiliser pour produire industriellement des milliers de titres sans intention artistique, manipuler artificiellement les écoutes ou détourner des rémunérations.
Je condamne sans ambiguïté ces pratiques.
Ce n’est pas ma conception de l’intelligence artificielle.
Et ce n’est surtout pas ma conception de la création.
Je ne cherche pas le volume.
Je cherche cette chose beaucoup plus difficile à obtenir : la justesse d’une émotion.
Ce que je revendique
Je ne prétends pas avoir joué chaque instrument que l’on entend.
Je ne prétends pas avoir composé chacune des notes générées au cours de cette exploration.
Je ne prétends pas davantage que l’intelligence artificielle n’a joué aucun rôle dans ce que vous écoutez.
Ce serait absurde.
Je revendique autre chose.
À l’origine de ces chansons, il y a mes expériences, mes réflexions, mes émotions et cette envie presque obsessionnelle de comprendre comment elles peuvent traverser les langues, les cultures et les frontières.
L’intelligence artificielle m’accompagne dans cette exploration.
Elle participe au résultat.
Mais ce qui est publié sous mon nom résulte finalement de ce que j’ai décidé de chercher, de poursuivre, de transformer, d’abandonner ou de conserver.
C’est cela que je signe.
Et peut-être est-ce finalement la seule chose que je souhaite demander à celui qui découvre ces chansons :
Ne jugez pas une émotion à l’outil qui a contribué à la faire entendre.
Écoutez-la.
Voyez si elle vous atteint.
Car depuis le commencement de cette aventure, derrière les langues, derrière les rythmes et maintenant derrière les technologies, une seule question continue de m’accompagner :
Existe-t-il un langage des âmes ?
Je ne connais toujours pas la réponse.
Mais chanson après chanson, langue après langue, je continue à la chercher.
Laurent B